Onslaught : Adam Wingard s’amuse, le souvenir s’efface

 

Il y a des cinéastes dont on cherche, de film en film, à comprendre la vision du monde. Chez Adam Wingard, on cherche parfois surtout à savoir avec quels jouets il avait envie de s’amuser cette fois-ci. Des tueurs masqués, des monstres géants, des expériences militaires : les dimensions du terrain changent, mais une même disposition demeure, celle d’un réalisateur qui envisage le cinéma comme un plaisir de fabrication immédiatement partageable. Cette approche possède ses vertus. Elle produit des films volontiers joueurs, accessibles, peu encombrés de solennité. Elle a aussi ses limites, qu’Onslaught illustre assez bien : on peut passer un moment sympathique devant un écran sans emporter grand-chose lorsque celui-ci s’éteint.

Wingard reste, à ce titre, un cinéaste assez étrange. Son parcours traverse des productions très différentes, mais donne régulièrement l’impression que l’essentiel se joue pour lui dans le bonheur de tourner. Organiser un affrontement, retrouver des complices, manipuler les figures du cinéma qu’il aime : voilà ce qui semble alimenter son moteur. Il serait évidemment hasardeux d’en déduire son état d’esprit sur un plateau. Ses films, en revanche, communiquent souvent cette décontraction, pour le meilleur comme pour le pire. Une liberté réjouissante lorsqu’elle libère le spectacle ; une certaine désinvolture lorsqu’elle lui tient lieu d’ambition.

Avec son scénario signé Simon Barrett, Onslaught retrouve un territoire favorable à cette manière de faire. Une ancienne tireuse d’élite, sa fille, des supersoldats échappés d’une installation militaire : le dispositif possède la franchise des arguments de vidéoclub. Quelques lignes suffisent pour comprendre quel genre de soirée nous attend. Nous voici dans cette branche du cinéma populaire où les programmes militaires clandestins produisent essentiellement des catastrophes que personne n’avait prévu de résoudre autrement qu’en tirant dessus. On connaît la chanson. Elle peut encore faire son effet.

Cette familiarité n’a rien d’un défaut en soi. Le cinéma de genre s’est largement construit sur des situations reprises, déplacées, perfectionnées. Le siège, la traque, le retour de la violence dans l’existence d’un ancien combattant : aucun de ces motifs n’a épuisé ses possibilités. Une idée de mise en scène, un personnage qui déborde sa fonction ou une manière particulière de faire monter la peur suffisent parfois à rendre passionnante une histoire que l’on pourrait raconter les yeux fermés. L’originalité du point de départ compte moins que la singularité du regard.

C’est justement là qu’Onslaught laisse sur sa faim. Le croisement entre action militaire et horreur possède une évidence séduisante : donner à la puissance de feu une allure de cauchemar, faire du soldat augmenté une machine à tuer apparentée aux silhouettes indestructibles du slasher. Mais le film reconnaît ses ingrédients avec davantage d’aisance qu’il ne les transforme. Leur association procure un plaisir immédiat, sans véritablement modifier notre manière de les regarder. Nous savons où nous sommes, nous comprenons les règles, nous accompagnons le mouvement. La surprise, elle, se fait plus discrète.

Le problème tient moins à la modestie du projet qu’à cette sensation persistante de terrain déjà parcouru. Onslaught ressemble à quantité de DTV dont les amateurs ont gardé un souvenir aimable, parfois réduit à une jaquette, un acteur ou une trouvaille sanglante. La comparaison ne constitue pas une insulte. Le cinéma destiné au marché de la vidéo a accueilli suffisamment d’artisans inventifs et de francs-tireurs pour qu’on lui épargne ce mépris automatique. Elle désigne ici une expérience précise : celle d’un spectacle dont l’efficacité immédiate paraît constituer l’horizon. On regarde volontiers. On ne ressent pas nécessairement le besoin d’y revenir.

Adria Arjona offre un point d’ancrage appréciable à cette mécanique. Son personnage rassemble deux figures éprouvées, la professionnelle de la violence et la mère protectrice. Les compétences appartiennent au passé militaire ; la nécessité d’agir vient du lien familial. Cette articulation donne au récit une clarté bienvenue et à l’actrice une place centrale dans le spectacle. Elle permet de croire suffisamment à l’enjeu pour suivre l’affrontement, même lorsque le scénario emprunte les chemins les plus balisés.

Cette lisibilité a néanmoins sa contrepartie. Le personnage est immédiatement compréhensible, mais le film peine à faire de cette évidence autre chose qu’un ressort fonctionnel. Son passé et sa situation fournissent les bonnes raisons d’agir, les bonnes aptitudes pour survivre, les bons enjeux pour mobiliser le spectateur. L’ensemble tient debout. Il lui manque ce supplément de contradiction ou d’imprévu qui ferait exister une personne au-delà de la silhouette attendue. On souhaite qu’elle s’en sorte ; on ne découvre pas forcément beaucoup de choses en la regardant lutter.

Le rapprochement avec The Guest vient naturellement, tant le soldat transformé en menace appartient déjà à l’imaginaire de Wingard et Barrett. Ce motif contient une idée féconde : une institution fabrique des êtres pour exercer la violence, puis cette violence déborde le cadre dans lequel elle prétendait la contrôler. Onslaught dispose ainsi d’un matériau susceptible de nourrir autant la peur que la satire. Pourtant, ce qui retient surtout l’attention demeure le fonctionnement du programme : la menace arrive, les capacités s’opposent, le spectacle avance. Les implications du dispositif semblent moins pressantes que ses possibilités ludiques.

C’est peut-être ce qui définit le mieux le film. Wingard aime manifestement les formes qu’il manipule, mais son plaisir de les retrouver paraît parfois suffire à justifier leur emploi. Il connaît les silhouettes, les situations, les promesses. Il sait que le spectateur les connaît aussi. Une complicité s’installe, agréable et peu exigeante, au risque de remplacer la découverte par la reconnaissance. On échange des signes entre amateurs du même cinéma. La conversation est sympathique ; elle ne débouche pas toujours sur quelque chose de neuf.

Il serait excessif, pour autant, de transformer cette réserve en condamnation. Onslaught ne donne pas le sentiment d’un film fabriqué dans le mépris de son public. Il possède une bonne volonté communicative et suffisamment d’attraits pour que l’on accepte de se laisser conduire. Tout film de genre n’a pas à réinventer son langage ni à porter sur ses épaules un diagnostic de civilisation. Mais même un divertissement modeste peut laisser une image tenace, une sensation singulière, un personnage que l’on a envie de retrouver. Ici, le plaisir s’accompagne surtout de sa propre date de péremption : il dure à peu près le temps de la projection.

On peut donc apprécier Onslaught sans avoir grand-chose à défendre avec passion à son sujet. Le trouver sympathique, assez divertissant, puis constater que ses contours s’effacent rapidement parmi ceux de nombreux films voisins. C’est une œuvre que l’on accueille avec un sourire plutôt qu’avec enthousiasme, et dont les limites ne provoquent même pas une véritable colère. Adam Wingard semble avoir pris plaisir à organiser la partie. Nous pouvons y participer de bonne grâce. Reste cette frustration : à force de jouer avec des formes qu’il connaît par cœur, il finit par nous laisser regarder une partie dont nous connaissons déjà presque tous les coups.

Quoi que vous pensiez de ce texte, nous tenons à rappeler que :

« De bien des manières, le travail d’un critique est facile. Nous risquons très peu, tout en jouissant d’une position dominante sur ceux qui offrent leur travail et eux-mêmes à notre jugement. Nous nous nourrissons de critiques négatives, qui sont amusantes à écrire et à lire. Mais l’amère vérité à laquelle nous, critiques, devons faire face, est que, dans le grand schéma des choses, un morceau de camelote moyen est probablement plus significatif que notre critique le désignant comme tel. »

 

Extrait de Ratatouille, réalisé par Brad Bird et Jan Pinkava, en 2007.

 

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Simon Dunkle

Défenseur de la veuve, mais pas de l'orphelin, nul ne sait qui est Simon Dunkle. Tout juste sait-on qu'il a obtenu le baccalauréat scientifique à l'âge de 1 an, avant d'organiser plusieurs manifestations contre l'extrême facilité des examens du MIT 4 ans plus tard. Aujourd'hui âgé de 7 ans, il travaille depuis 2 ans au sein d'ArlyoMag, malgré le fait qu'il soit recherché par Interpol. En effet, il est accusé de mise en danger de la vie d'autrui après avoir publié une fausse annonce dans le journal "Les Inrockuptibles" concernant l'ouverture d'un restaurant Vegan avec buffets à volonté en Syrie. Ce qui aurait conduit à la mort accidentelle d'environ 500 hipsters s'étant rendu là-bas pour y manger, jugeant le lieu "totalement non-mainstream" selon leurs propres dires.